Selon une étude menée en 2019 auprès de plus de 1000 enseignants européens, 62 % d’entre eux estiment que varier les pratiques pédagogiques améliore significativement la compréhension des élèves. Pourtant, les recherches sur l’efficacité des styles d’apprentissage soulèvent régulièrement des débats, entre adhésion massive sur le terrain et résultats scientifiques nuancés.
Dans ce contexte, quatre approches d’enseignement coexistent, chacune reposant sur des principes distincts et suscitant interrogations comme adaptations. Leur connaissance permet de mieux cerner l’impact des choix pédagogiques sur la réussite scolaire.
Comprendre les styles d’apprentissage : origines et définitions
Le style d’apprentissage s’est imposé dans la psychologie de l’éducation au fil des années 1970. L’objectif ? Décortiquer la diversité des façons d’apprendre, comprendre ce qui pousse chaque apprenant à progresser à sa manière. L’idée s’articule autour d’une préférence individuelle pour traiter l’information : certains retiennent mieux ce qu’ils voient (visuel), d’autres ce qu’ils entendent (auditif), d’autres encore ce qu’ils expérimentent par le geste (kinesthésique). Ce trio, omniprésent dans les formations, s’appuie pourtant sur des bases scientifiques fragiles. Le travail de David Kolb marque un tournant : il propose un modèle expérientiel à quatre styles, distinguant profils divergents, assimilateurs, convergents et accommodateurs, selon leur manière d’aborder et de transformer l’expérience.
Au fil du temps, d’autres modèles se sont ajoutés, dessinant un paysage toujours plus dense, mais pas toujours plus robuste. Honey et Mumford créent un questionnaire pour cerner les styles d’apprenants, Herrmann développe le Whole Brain Model qui met l’accent sur la complémentarité des modes cognitifs, Allinson et Hayes proposent un Cognitive Style Index, tandis que Vermunt et Entwistle croisent stratégies et approches d’étude via leurs inventaires. Même le fameux Myers-Briggs Type Indicator s’invite parfois dans les dispositifs pédagogiques.
| Modèle | Auteur(s) | Caractéristique |
|---|---|---|
| Modèle expérientiel | Kolb | 4 styles selon l’expérience |
| Questionnaire des styles | Honey & Mumford | Identification des préférences |
| Whole Brain Model | Herrmann | Approche globale du cerveau |
Mais ces dispositifs rencontrent une réserve persistante : leur fiabilité et validité restent sujettes à caution. Le rapport de Coffield et al. (2004), souvent évoqué, passe au crible 71 modèles de styles d’apprentissage et pointe la faible robustesse de la majorité. Quant au concept d’intelligences multiples de Howard Gardner, il est désormais considéré comme un neuromythe par la plupart des neuroscientifiques. Le maintien de ces modèles dans la formation interroge : faut-il continuer à s’appuyer sur des typologies discutables, ou réinventer nos manières d’accompagner les apprentissages ?
Quels sont les quatre grands styles d’enseignement et comment se manifestent-ils en classe ?
On retrouve quatre grands styles d’enseignement qui structurent la majorité des pratiques actuelles. Chacun d’eux façonne la dynamique entre l’enseignant, le savoir et l’élève, et influence différemment la motivation et la compréhension.
- La méthode expositive : ici, la transmission du savoir passe par le discours. L’enseignant explique, structure, expose, alignant les connaissances pour toute la classe. Cette méthode garantit une organisation claire mais accorde peu de place à l’initiative des élèves. Elle reste incontournable pour aborder des notions complexes ou dans les contextes magistraux.
- La méthode démonstrative : l’apprentissage se fait par l’observation et l’imitation. L’enseignant montre, les élèves reproduisent. Cette approche s’impose dans les domaines qui exigent des gestes techniques ou scientifiques, où le passage du théorique au pratique s’avère déterminant.
- La méthode interrogative : l’échange est au cœur de ce style. L’enseignant questionne, aiguillonne, pousse à réfléchir et à raisonner. L’élève devient acteur du processus, confronté à ses propres hypothèses, à ses erreurs, à ses découvertes. Ce mode favorise l’esprit critique et l’appropriation active des savoirs.
- La méthode active : ici, l’expérimentation et la résolution de problèmes tiennent la vedette. Les élèves apprennent en manipulant, en collaborant, en cherchant des solutions concrètes. Ce style demande une organisation solide et des ressources multiples : technologies éducatives, outils collaboratifs, supports multimédias, matériel scientifique…
Au quotidien, les enseignants jonglent souvent entre ces méthodes, adaptant leur posture et leurs outils selon les séquences et la diversité des élèves. L’alternance de supports pédagogiques, qu’ils soient visuels, auditifs, interactifs ou numériques, ouvre la voie à une meilleure motivation et à un apprentissage plus inclusif.
Adapter sa pédagogie : quelles stratégies pour répondre à la diversité des apprenants ?
La différenciation pédagogique apparaît comme une réponse concrète à l’hétérogénéité des classes. Il ne s’agit pas d’enfermer chaque élève dans un style déclaré, mais de varier contenus, procédés et modes d’interaction pour répondre aux besoins réels observés sur le terrain. Les recherches récentes incitent à dépasser la notion de “profil d’apprentissage” pour privilégier une analyse fine du contexte, du parcours et des ressources disponibles.
Voici quelques pistes à explorer pour varier les démarches en classe :
- proposer des supports de complexité différente ou complémentaires pour un même objectif (différenciation de contenu) ;
- diversifier les manières d’aborder une notion, par le débat, la manipulation, l’expérimentation ou l’étude de cas (différenciation de procédés) ;
- autoriser plusieurs formats pour rendre compte des acquis : écrit, oral, numérique (différenciation des productions) ;
- organiser des temps de travail variés : en groupe, en tutorat, en autonomie (différenciation par interaction).
Les technologies éducatives offrent des ressources variées et des parcours individualisés, rendant possible une personnalisation plus fine. Mais la clé réside dans l’ajustement permanent du dispositif : observer, questionner, modifier les consignes en temps réel. Ce sont ces gestes professionnels qui ancrent la pédagogie dans la réalité de chaque élève.
Styles d’apprentissage : apports, limites et pistes pour une différenciation efficace
Le concept de styles d’apprentissage garde la cote chez de nombreux professionnels. Distinguer des profils visuel, auditif ou kinesthésique paraît offrir une grille de lecture confortable face à la diversité. Mais les neurosciences nuancent sévèrement cette vision. Les travaux de Coffield et al., entre autres, montrent que rares sont les modèles qui tiennent scientifiquement la route.
Les chercheurs en neurosciences rappellent un point : répartir les élèves dans des cases n’améliore pas leurs performances. L’usage systématique de cette classification relève davantage du neuromythe que d’une démarche pédagogique étayée. Ce qui fait la différence, c’est la multimodalité : mobiliser plusieurs sens, varier les activités. L’efficacité se trouve du côté de la répétition espacée, de l’effort cognitif et de l’effet de test.
Pour donner du souffle à sa pratique, rien ne vaut la diversité : supports visuels, discussions, manipulations concrètes, outils numériques. L’évaluation aussi gagne à être plurielle : alterner les formats, moduler les retours. Inciter l’élève à prendre du recul sur ses démarches, c’est la métacognition, devient un levier majeur. La différenciation déployée sur le terrain s’appuie avant tout sur l’observation précise des besoins et la richesse des stratégies, pas sur un découpage rigide en profils types.
Et si le vrai défi, finalement, était d’oser cette palette d’approches, d’outils et de regards, pour que chaque élève puisse, un jour, trouver sa propre voie vers la compréhension ?


